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La presse en parle: "Covid-19 en Touraine : "Il est temps de relâcher la pression"

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Aller plus vite sur le déconfinement ? Ou cultiver la prudence ? Simplifier le protocole sanitaire ? Les interrogations, formulées sur fond de baisse du nombre de nouveaux cas positifs au coronavirus, sont nombreuses à surgir depuis le 11 mai. Entretien avec le docteur Leslie Guillon, médecin épidémiologiste au CHRU de Tours.

La situation en Indre-et- Loire permet-t-elle d’envisager de relâcher la pression ? « L’épidémie est sur le point de s’éteindre : il est temps de relâcher la pression sur les gens et de lever progressivement les mesures contraignantes. À condition de respecter la distanciation sociale, le lavage des mains et le port du masque. Cette combinaison est le rempart le plus efficace face au virus. »
Nous nous situons en queue d’épidémie. Le virus a-t-il disparu pour autant ? « Pas tout à fait. Plus longtemps on maintient le R zéro [NDLR, le taux qui permet de mesurer combien de personnes seront infectées par une autre contaminée] en dessous de 1, plus le virus s’écrase, la grande majorité des personnes s’immunisant seules. Si on préserve ce niveau, elle va naturellement s’éteindre… »
Et les personnes fragiles ? « Elles sont susceptibles, du fait de leur âge ou de comorbidités, de développer des formes graves. Elles nécessitent à ce titre une protection plus particulière, malgré les gestes barrières. Une étude récente suggère qu’elles restent confinées jusqu’à décembre. »
Vacances d’été, ouverture des restaurants, festivals… Y-a-t-il une ligne rouge à ne pas franchir ? « Je ne suis pas inquiète, mais prudente. Si la situation actuelle se confirme, il arrivera un moment, dans le courant de l’été peut-être, où nous devrons prendre un petit risque, mesuré et évalué, pour retrouver une vie normale. »
L’objectif est-il de viser l’immunité collective ? « Il faut, d’un point de vue de santé publique, que l’immunité soit haute. Un vaccin n’est pas espéré avant dix-huit mois, pour les perspectives les plus optimistes. Alors, pour éviter la transmission interhumaine, nous devrions nous situer au-delà des 50-60 % de personnes immunisées. En Indre-et-Loire, seulement 4 à 6 % de la population a été contaminée, notamment du fait du confinement et de son bon respect. Contrairement à d’autres pays, la France a fait le choix d’une immunité progressive, sans accepter la “ casse ” que laisser faire la nature aurait induit. »
Le coronavirus était-il, finalement, moins dangereux que pressenti ? « Il est dangereux, dans le sens où sa contagiosité est forte, qui le place entre la grippe et le VIH, mais bien loin derrière la rougeole ou la varicelle. Dangereux aussi parce que nous avions une population entièrement vierge face à ce virus. Le taux de mortalité lié au Covid-19, montre toutefois que, au début, sa léthalité a été surestimée. »
Vous écartez la perspective d’un reconfinement… « Une reflambée signifierait que nous sortirions du schéma des clusters et des résurgences ponctuelles et isolées, qui nous permettent de diminuer très vite un risque épidémique : j’y crois de moins en moins. Si toutefois cela revenait, entre les gestes barrières individuels et les moyens à disposition pour faire la chasse au virus, nous n’aurons normalement pas besoin de reconfinement total. »